SINE QUA NON

Agence de diffusion de spectacles

Le passage de l'Ange/L'Ange pas sage



Voix Off - Damien Bouvet



Date de création
10/2019



Clown Théâtre

tout public



Conception et jeu : Damien Bouvet
Mise en scène : Ivan Grinberg
Et en cours...



Le passage de l'Ange... (création automne 2019)

Atterrissage forcé ! Un bruit strident, suivi d'un grand fracas, lumière et poussières...
L'ange apparait face contre terre, fesses en l'air, dans un manteau vert-scarabée, chapeau haut de forme défraichi, vissé de travers sur la tête, visage blafard, grossièrement maquillé, mâchuré.
On découvre une chose assez vite, c’est que l’ange n’est pas d’ici et qu’il n’est pas forcément outillé. À la place des bras, il a des ailes-nageoires, donc pas de mains et il mange directement dans la gamelle, se débarbouille dans le seau et s'essuie dans les rideaux.
N'ayant pas de bras, l'ange est une bouche juchée sur un gros ventre à deux pattes et ces pattes projettent en avant cette bouche, en quelque sorte obligée de « dire », de « dégoiser ».
Des chaussures pointues dépassent de temps en temps du bas de sa cape, ce sont des bottines bizarrement longues avec lesquelles il fera un numéro de claquettes (une façon de s’épousseter, ou une tentative de s’envoler, ce n’est pas très clair).
Sous sa cape de dandy, sa peau est à l'air libre : poilue, écailleuse, et douce sur son ventre. S’il a un sexe, on ne distingue pas le genre, il y a trop de poils à cet endroit. S’il a une langue, elle n’est pas de celles que l’on comprend ici. Il va falloir s’adapter.
L'ange habillé de noir irisé prend contact avec l'auditoire, scrute, tend l'oreille et fait le spectacle, le beau, l'élégant. On va finir par le comprendre, cet ange est un messager. Il vient pour l’Annonce. Il ne sait plus très bien de quoi, ce qui lui revient c’est que ça va aller... « Ça va aller ». Alors gonflé d'images et de mots, il va joyeusement rendre gorge.

Les questions, les mots, la poésie, le chant sortent de sa bouche mais il est aussi artiste peintre à ses heures et quand il est bien disposé à créer, il tourne le dos à son auditoire, par pudeur ferme les yeux, et la tête dans les épaules, il compose, à l'aide de sa fiente à même le sol : un paysage céleste (souvenir organique, sans doute, des espaces traversés lors de sa chute vertigineuse...).

L’ange n’est pas d’ici. Il va falloir rentrer, mais avec ce fracas, il y a eu de la casse. Alors au travail ! Peut-être que l'ange changera d'ailes au cours de son récit et les changements successifs modifieront les postures de son corps, la couleur de sa voix et même son phrasé.

L'Ange pas sage... (création automne 2020)

Atterrissage forcé ! Un bruit strident, suivi d'un grand fracas, lumière et poussières. L'ange apparait face contre terre, fesses en l'air, dans un manteau vert-scarabée...

Pour les enfants, c’est la même histoire qui se joue, le même ange qui s’écrabouille, porteur de la même annonce explosive adressée aux humains : « ça va aller ».
Les mêmes tracas pour s’adapter et les mêmes efforts pour repartir.
Une clownerie métaphysique pour les enfants nourrie au même sein que le spectacle pour les grands.

Elle ne sera pas simplement resserrée, concentrée, allégée du poids du monde adulte. Elle sera aussi plus libre, plus follette : avec les enfants, l’ange est chez lui. Pas de chichis.

En vérité c’est non pas le spectacle dérivé, la forme seconde, mais la source (celle que les grands rêveraient de partager...).

L'ange : enfant éternel, clown céleste, alliage complexe de matière et d'esprit. Sur le tarmac qui accueille sa chute improvisée, il déploie son cabaret métaphysique.

Note d’intention...

Un corps sur scène, fait pour le théâtre.
Le corps de l'Ange, monstre, conglomérat de chair, porteur de tous les possibles.
Clown céleste échoué sur terre, il s’adresse à nous les humains, déploie ses ailes, ses doutes, ses savoirs inouïs. Tour à tour chanteur, danseur ou moulin à paroles, il s’emballe, trop heureux d’être là au milieu de nous.
Homme, femme, enfant, animal, objet, invention de l'esprit : il est un monde à lui seul.

Le pari de cette création est de proposer deux versions du spectacle : dans un espace unique, c’est un même personnage qui s’adresse aux adultes dans PASSAGE DE L’ANGE, et au jeune public dans L’ANGE PAS SAGE. Les deux versions ont des parties communes et se font écho, jouant des mystères, des séductions, voire des peurs que font naitre cette créature.

Anges ou démons, les enfants s’attacheront à ce clown qui semble tout pouvoir et s’empêtre pourtant ici-bas, tel l’albatros de Baudelaire : « Exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l’empêchent de marcher ». Quant aux adultes, ils se reconnaitront aussi dans le destin de ce frère humain qui habite la littérature, la peinture, le cinéma... De John Milton à Wim Wenders, de Rubens à Gustave Flaubert, de Vinci à Joseph von Sternberg et Wong Kar-Wai. Les anges sont partout.
On retrouvera ici et là des traces de leur passage.

Damien Bouvet, Ivan Grinberg 2 avril 2017

 

Carnet de travail...

Ni cadenassée ni fondée sur la fragile force des os...

...Car les Esprits prennent à leur gré l’un ou l’autre sexe, ou tous les deux à la fois ; si ténue et si simple est leur essence pure : elle n’est ni liée ni cadenassée par des jointures et des membres, ni fondée sur la fragile force des os, comme la lourde chair, mais dans telle forme qu’ils choisissent, dilatée ou condensée, brillante ou obscure, ils peuvent exécuter leurs résolutions aériennes, et accomplir les œuvres de l’amour ou de la haine. John Milton, Le Paradis Perdu


Quelque chose du corps qui ne peut être dit que par un autre langage...

Nous avons, depuis un siècle, développé à une cadence extrême notre maîtrise sur le monde extérieur. Nous avons aussi tenté de l'établir sur notre monde intérieur comme en manifeste l'essor de la psychanalyse. Dans ce travail le langage, qu'il soit mathématique ou verbal, nous a été d'un secours inappréciable.

Mais n'aurait-il pas laissé échappé tout un domaine qui ne peut être élaboré par ce seul instrument ? Quelque chose du corps qui ne peut être dit que par un autre langage que nous avons bien connu, cependant, puisqu'il fut celui de notre petite enfance, avant l'utilisation des mots dans lesquels nous avons dû couler notre expérience concrète, non sans difficulté ni sans dommage. » Michel Ledoux, Corps et création

Cœurs tranquilles...

« Hélas !... Petits moutons, que vous êtes heureux ! Vous paissez dans vos champs, sans soucis, sans alarmes Aussitôt aimés qu’amoureux, On ne vous force point à répandre des larmes. Vous ne formez jamais d’inutiles désirs Dans vos tranquilles cœurs l’amour suit la nature. » Mlle Deshouillères, d’après Antoine Coutel, L’Idylle des moutons

Pensé pour l’ange...

La descente de l’escalier de l’ange alliée avec la poésie et la vie matérielle est une forme de théâtre que Damien Bouvet saura mettre sur un plateau : c’est lui le poème depuis qu’il a fait son clown.
L’ange dont il sera question et qui sera mis en bas est l’image de l’homme, il a une vie intérieure, il pousse le poème dehors comme on donne la chansonnette.

« Qui dressera l’image de l’homme, quand tous ne sentent en eux que le ver de l’égoïsme et une terreur immonde et sont tellement déchus de cette image, tombés dans l’animalité, voire dans une rigidité mécanique ? » demandait Nietzsche aux personnages sur scène.

Dans l’histoire du théâtre a lieu une guerre monstrueuse entre les anges et les fantômes. Tous voulaient tenir les planches quand les dieux leur demandaient de brûler les salles de spectacle et de posséder les paroles. Ainsi les belles phrases qui naissaient dans la tête des hommes montaient au ciel pour se plaindre et pour aimer et l’horreur retombait sur les corps et les enfants quand les dieux n’entendaient pas ces chants et ces gestes. Un jour un enfant se dressa et il se fit le dernier ange tombé, badaboum. Les belles phrases tinrent à nouveaux, les dieux moururent de rire et l’ange pissa des vers comme une grosse vache qui pense.

L’ange à terre de Damien Bouvet sera ce genre de conte à dormir éveillé pour grandes personnes. Des poèmes sortiront de la carcasse, des lyres et des hydres dégoulineront, des goupilles sauteront, des petites bêtes grimperont et de grandes gidouilles chatouilleront.

Avec du Rimbaud dedans, il y aurait du Corbière et du Hölderlin aussi, pour recommencer à zéro,
par exemple :

« Je suis le saint, en prière sur la terrasse, comme les bêtes pacifiques paissent jusqu’à la mer en Palestine. Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque. Je suis le piéton de la grand’route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d’or du couchant. Je suis bien l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet, suivant l’allée dont le front touche le ciel. Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L’air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin. Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant. » (« Enfance », dans Illuminations de Rimbaud).

Alain Jugnon

 



Production : Production 
Cie Voix Off, compagnie conventionnée par la DRAC Centre Val de Loire
Coproduction 
Théâtre du Château - Scène Conventionnée textes et voix à Eu et Théâtre de Vienne
Soutiens et partenaires 
le Mouffetard Théâtre des Arts de la Marionnette à Paris, le Samovar à Bagnolet, Théâtre A. Vitez à Ivry-sur-Seine, Scène nationale du Sud-Aquitain – Théâtre Quintaou d’Anglet, le Service Culturel de Joué-les-Tours